Retour sur la table ronde animée par Jonas Schneiter à la première édition des Rencontres romandes de l’éolien, le 26 mars 2026.
Comment accélérer le développement de l’éolien en Suisse romande? C’est autour de cette question que Jonas Schneiter a animé une table ronde (sans table) réunissant Lionel Perret (Suisse Eole), Olivier Petermann (syndic de Lignerolle) et Maxime Ramstein (Romande Energie). Les échanges ont rapidement mis en évidence trois enjeux récurrents: les procédures, l’acceptation locale et la coordination entre acteurs.
Un contexte sous pression
Lionel Perret a ouvert le débat en pointant une tendance préoccupante: de nouvelles initiatives pour la protection des paysages émergent, portées par des financements importants. Il y voit l’expression d’un mouvement mondial de frein à la transition énergétique, probablement alimenté par des acteurs ayant des intérêts dans les énergies fossiles.

Pourtant, les chiffres parlent en faveur de l’éolien. 82% des projets soumis en consultation populaire sont acceptés, c’est un taux remarquable en comparaison internationale. Cela n’empêche pas le pouvoir de nuisance des opposants, qui savent utiliser les procédures pour bloquer ou retarder les projets.
Lionel Perret a aussi pointé un manque de nuance dans l’évaluation des impacts. Les mesures de mortalité des oiseaux regroupent toutes les espèces et imposent des seuils très bas — 10 oiseaux par éolienne et par an — alors que les chats en tuent en moyenne 30 par an sans que cela ne suscite de réglementation.
Le dialogue local, facteur déterminant

Olivier Petermann a partagé l’expérience de la commune de Lignerolle, engagée depuis 2007 dans le projet de parc éolien de Bel Coster. Le permis de construire a été approuvé à environ 80% en votation populaire. Mais les oppositions sont venues principalement de l’autre côté de la frontière avec la France. Elles sont plus difficiles à gérer que les associations environnementales locales, avec lesquelles le dialogue reste possible.
Sur l’intermittence de l’éolien, argument souvent avancé par les opposants, Olivier Petermann a rappelé une évidence: il faut raisonner en termes de mix énergétique. L’éolien est complémentaire au solaire et à l’hydraulique, et c’est cette complémentarité qui en fait une ressource précieuse.
L’acceptabilité se construit dans la durée
Maxime Ramstein a apporté le regard d’un exploitant. Son constat sur l’évolution des perceptions est frappant: au départ, les oppositions sont souvent de type NIMBY (not in my backyard, c’est-à-dire «pas de ça chez moi»). Mais une fois les éoliennes en place, la dynamique s’inverse et on se trouve dans un paradoxe: plus on est loin des éoliennes et plus on est contre!

À Sainte-Croix, il a fallu composer avec des opposants aux arguments très divers, de sorte qu’il était impossible de donner raison à tout le monde. Mais l’acceptabilité peut se renforcer lorsque le projet s’inscrit dans une transformation plus large du territoire, comme ça s’est passé à la Gittaz où éoliennes, lignes électriques et routes ont évolué ensemble.
Sur le plan environnemental, Maxime Ramstein a rappelé deux données clés. L’énergie investie dans la construction d’un parc est compensée en à peine un an de production. Pendant les 24 années suivantes, le parc produit une énergie dont le bilan carbone est sans commune mesure avec le fossile. Et après deux ans d’exploitation à Sainte-Croix, les premiers bilans sur l’avifaune sont encourageants. Ils ont été confirmés par le canton à la fin 2025.
Les associations environnementales: des alliées méconnues
Le public a aussi pris part aux échanges. Un intervenant a relevé que les mesures de compensation dépassent souvent les impacts des projets: on crée des environnements plus sains et de meilleure qualité qu’avant le chantier. Un autre a rappelé que dans la majorité des cas, les associations environnementales s’impliquent dans le développement des parcs plutôt que de s’y opposer. C’est par exemple le cas du WWF Neuchâtel.
Ces échanges ont confirmé qu’au-delà des cadres légaux, c’est surtout la manière de travailler ensemble — entre communes, développeurs, associations et population — qui reste déterminante pour faire avancer les projets.
Le 26 mars 2026, le GREE a organisé la première édition des Rencontres romandes de l’éolien. Pour cette première, l’objectif était clair: réunir les acteurs de la filière en Suisse romande, partager les expériences et faire le point sur l’évolution du secteur. Un programme qui a séduit près de 100 personnes, réunies dans l’aula magna du château d’Yverdon-les-Bains!
👀 Voir le compte-rendu de la journée et toutes les interventions.
Photo de couverture: Thierry Porchet
