Trois ans après la fin de la construction du parc éolien de Sainte-Croix (VD), la nature a repris une bonne partie de ses droits aux abords des éoliennes. De nombreuses mesures de remise en état du site ont en effet été réalisées. Visite guidée avec Andy Kaufmann, responsable de projets énergies renouvelables chez Romande Energie.
Les éoliennes de Sainte-Croix (VD) ont été mises en service officiellement en janvier 2024. Malgré la jeunesse du parc et les opérations de rodage, la production cumulée des 2 premières année approche les 40 millions de kWh! La majorité de cette production (58%) est intervenue pendant les périodes hivernales, de octobre à mars. L’utilité des éoliennes n’est donc plus à démontrer. Mais la question de leur impact sur la région, qui avait provoqué de nombreux débats, reste ouverte. C’est pourquoi Romande Energie s’était engagée à mettre en place plusieurs mesures afin de compenser les effets environnementaux liés à la construction et à l’exploitation des éoliennes.
Dans cet article
- Eviter les impacts
Abandon de l’éolienne no 1
Réutilisation des matériaux extraits des sites - Réduire les impacts
Arrêt des éoliennes (soleil, oiseaux, chauves-souris)
Atténuation du bruit
Reverdissement des plateformes
Rétrécissement des pistes d’accès - Compenser les impacts
Plantation d’arbres
Enfouissement des lignes électriques aériennes
Réfection de murs - Bilan du comité de suivi environnemental
«L’identification et la réalisation de ces mesures ont été supervisées par un comité de suivi environnemental, qui regroupe des représentants du Canton, des communes de Sainte-Croix et de Baulmes, de Pro Natura et de BirdLife. Durant tout le chantier et la phase de réintégration paysagère, il s’est réuni régulièrement pour analyser les mesures prises et celles à venir. Et la collaboration se poursuit.»
– Andy Kaufmann

Eviter les impacts
La première priorité est d’éviter les impacts qui peuvent l’être. A Sainte-Croix, plusieurs mesures ont été prises dans ce but.
Abandon de l’éolienne no 1
Le projet prévoyait initialement 7 éoliennes: 4 au Mont des Cerfs et 3 à la Gittaz-Dessus. Mais la machine no 1 a été abandonnée en cours de route, pour réduire l’impact sur le paysage et le bruit perçu depuis la ville de Sainte-Croix. Ainsi, seules 3 éoliennes sont finalement installées sur le site du Mont des Cerfs.
Réutilisation des matériaux extraits des sites
Pendant les travaux, environ 19 mille tonnes de matériaux ont été excavés. Ils ont été intégralement réutilisés ou valorisés sur place, ce qui a permis de réduire les impacts liés au trafic du chantier et à la gestion des déchets.
La terre excavée en début de chantier a été stockée, puis réutilisée pour reverdir les plateformes et les pistes d’accès. Ainsi, aucun apport externe de terre, et de végétation n’a eu lieu.
La roche a été concassée pour servir à la construction ou à la réfection des pistes d’accès. Ces matériaux ont seulement couvert 40% des besoins, le reste du gravier provient d’un autre site de Sainte-Croix.
Les arbres abattus ont été réduits en copeaux disposés en bordure de forêt pour favoriser la création d’un humus forestier. Les troncs ont été réutilisés pour clôturer des îlots de rajeunissement: des zones situées à l’intérieur des pâturages, dans lesquelles ont été plantés de jeunes arbres qu’il faut protéger de l’appétit du bétail et de la faune sauvage.
«Pour la Commune, c’était important de ne pas être traitée comme un laboratoire à ciel ouvert. En habitant sur place, on voit les choses un peu différemment. Participer au comité de suivi environnemental nous a permis de constater la réalisation des aménagements prévus, même si certaines choses prendront encore du temps. Nous avons reçu des informations précises et cohérentes, parfois grâce à l’apport précieux de spécialistes.»
– Stéphane Champod, Secrétaire municipal de Sainte-Croix

Réduire les impacts
Lorsqu’il n’est pas possible d’éviter les impacts, il s’agit de les réduire autant que possible. Dans cette optique, plusieurs mesures ont été prises.
Arrêt des éoliennes (soleil, oiseaux, chauves-souris)
Plusieurs situations peuvent provoquer l’arrêt des éoliennes, que ce soit pour préserver la sécurité des oiseaux et des chauve-souris, ou le confort des riverains.
Pour protéger les oiseaux migrateurs, un ornithologue est présent lors des périodes migratoires (mars-avril et septembre-octobre). Il observe les passages d’oiseaux dans le ciel à proximité des éoliennes et ordonne l’arrêt des machines si des mouvements migratoires sont en cours.
Un radar spécifique installé à proximité est en phase de test. Il détecte la présence d’oiseaux, ainsi que leur taille, leur vitesse, leur direction, leur altitude et leur mode de vol. Ces données lui permettent de déterminer de quelles espèces il s’agit. Ses analyses sont actuellement comparées aux observations de l’ornithologue pour optimiser son fonctionnement. A terme, en combinaison avec d’autres paramètres climatiques, il pourrait être capable de commander automatiquement l’arrêt des éoliennes lorsqu’elles présentent un danger pour les oiseaux.
Pour protéger les chauves-souris, chaque éolienne mesure la température, la vitesse du vent et les précipitations. En fonction de ces 3 paramètres, de la date et de l’heure du coucher et du lever du soleil, un arrêt des machines est ordonné afin de protéger les chauves-souris.
Pour éviter un effet stroboscopique, chaque éolienne s’arrête lorsque son ombre porte sur un lieu d’habitation. Le système se base sur le calendrier, l’heure de la journée et la luminosité pour connaître la position de l’ombre et arrête les éoliennes aux périodes concernées. En cas de brouillard ou de forte nébulosité, il n’y a pas d’ombre et les éoliennes continuent à tourner.
Atténuation du bruit
Pour réduire le bruit provoqué par le vent, des peignes d’environ 6 mètres de long sont installés au bout de chacune des pales. Ce système s’inspire du plumage des oiseaux de proies en piqué, qui réduit leur empreinte sonore.

Reverdissement des plateformes
Les surfaces utilisées pendant le chantier, par exemple pour le stockage, la manutention ou le montage, représentaient 15’400 m2, soit environ 2500 m2 par éolienne. Une fois les travaux terminés, ces plateformes ont été recouvertes de terre excavée précédemment. Cette étape de réaménagement a pris soin de recréer le profil initial du terrain. Après la remise en état, il reste à peine 500 m2 en tout: deux places de stationnement de 15 m2 en terre et gravillons au pied de chaque machine, conservée pour les besoins de l’exploitation, et quelques portions de piste d’accès. Cela ne représente ainsi plus que 3% de la surface de chantier initiale qui ne pourra pas être retournée à l’exploitation alpestre.
Une tranchée avait dû être créée pour permettre aux longs camions transportant les pales d’accéder à la plateforme de l’éolienne 3, située en bas d’une pente. A certains endroit, cette tranchée était profonde de près de 3 m! On n’en voit plus aucune trace désormais.
Une fois le profil naturel du terrain recréé et la terre remise en place, les surfaces entourant les machines de Gittaz-Dessus ont été ensemencées à l’aide de graines prélevées sur des plantes dans des sites comparables par l’entreprise Holosem. C’est aussi elle qui supervise les opérations de fauchage durant les premières années, pour s’assurer de la qualité et de l’efficacité de la renaturation. Aujourd’hui, tout est reverdi et pourra être rendu à la pâture d’ici la fin de l’année.
Rétrécissement des pistes d’accès
Depuis le centre de Sainte-Croix, le réseau routier nécessaire au projet représente un peu plus de 6 km, dont environ 1,9 km de piste. Seuls 640 m de nouvelles pistes ont dû être créés pour les besoins du chantier. Le reste existait déjà. Certaines portions de pistes ont dû être élargies pour permettre le passage des véhicules, jusqu’à 5 mètres de large.
Une fois le chantier terminé, les pistes ont été rétrécies à 2,80 m, ce qui est la largeur habituelle de ce type de voies carrossables. La surface rendue à la nature a été recouverte de terre du site et ensemencée de la même façon que les plateformes. Ces bords de piste sont aujourd’hui joliment fleuris!
«Pro Natura Vaud a suivi de près le projet dès les premières phases, et a pu formuler nombre d’observations qui ont été retenues au moment de la réalisation. Nous constatons aujourd’hui que, grâce notamment aux mesures prises et aux suivis effectués, les atteintes à la nature sont mesurées par rapport aux bénéfices en matière de production d’énergie renouvelable.»
– Alberto Mocchi, Président de Pro Natura Vaud

Compenser les impacts
Certains impacts ne peuvent ni être évités, ni réduits. Ils sont alors compensés d’une manière ou d’une autre.
Plantation d’arbres
Plusieurs arbres ont dû être abattus pour les besoins du projet, que ce soit pour dégager l’accès à certaines zones ou pour aménager les plateformes. Ces arbres ont été replantés à proximité, en veillant à conserver un équilibre dans les emplacements et les essences. Ce travail a été supervisé par l’inspecteur forestier cantonal.
« Notre but était de retrouver une qualité paysagère équivalente, voire meilleure qu’avant le chantier. Nous avons sélectionné des essences compatibles avec les exigences du changement climatique, notamment en remplaçant les épicéas par des feuillus. En collaboration avec les exploitants agricoles, nous avons recréé une densité d’arbres correspondant à ce qu’on trouve normalement dans des pâturages boisés. Il est clair que la présence des éoliennes a un impact sur le paysage, mais nous avons fait le maximum pour que les installations s’intègrent dans la topographie naturelle de l’endroit. Je pense que c’est particulièrement réussi. »
– Martial de Montmollin, Inspecteur forestier cantonal
Enfouissement des lignes électriques aériennes
Avant le chantier, le réseau électrique et téléphonique qui alimente la Gittaz était constitué de lignes aériennes. Ces lignes sont désormais intégralement enterrées, ce qui améliore encore l’esthétique du hameau. Sans compter la sécurité de l’approvisionnement électrique, qui se trouve renforcée.
Réfection de murs
Plusieurs murs de pierre sèche situés dans la zone étaient en mauvais état. Ils sont en train d’être restaurés par l’association Embellimur, qui fait participer à ses projets des requérants d’asile et des personnes en réinsertion professionnelle. Le résultat est impressionnant!

Bilan du comité de suivi environnemental
«Pour la Commune, c’était important de ne pas être traitée comme un laboratoire à ciel ouvert. En habitant sur place, on voit les choses un peu différemment. Participer au comité de suivi environnemental nous a permis de constater la réalisation des aménagements prévus, même si certaines choses prendront encore du temps. Nous avons reçu des informations précises et cohérentes, parfois grâce à l’apport précieux de spécialistes.»
– Stéphane Champod, Secrétaire municipal de Sainte-Croix
L’installation de parcs éoliens repose sur une collaboration étroite avec les acteurs du territoire, dans le respect des riverains, du paysage et de la biodiversité. Pour y parvenir, Romande Energie a mis en place dès le début du projet un comité de suivi environnemental réunissant le Canton, les communes de Sainte-Croix et de Baulmes, ainsi que les associations Pro Natura et BirdLife.
Le comité s’est réuni régulièrement tout au long du chantier, pour préciser et suivre la mise en œuvre des mesures environnementales. Aujourd’hui encore, il poursuit ses travaux durant la phase d’exploitation, afin d’en garantir l’efficacité dans le temps.
« Avec des membres qui venaient d’horizons très différents, il a fallu un peu de temps pour préciser le rôle du comité et harmoniser le niveau d’information. Ce qui est sûr, c’est qu’il est impossible de tout décider au moment du projet. Il restera toujours des détails à régler par la suite, c’est pourquoi un comité comme celui-ci était nécessaire. Aujourd’hui, nous nous occupons surtout de questions liées à l’exploitation à long terme du parc. »
– Martial de Montmollin, Inspecteur forestier cantonal

Photo principale: Valentin Flauraud pour Romande Energie
